Témoignage d'une inconnue

J'ai 28 ans, et il y a 5 ans, j'ai été victime d'un viol. C'est difficile d'en parler, c'est surtout difficile de revivre "normalement" après. Bien que les psy n'arrètent pas de vous répèter que vous êtes la victime, vous pensez toujours que vous avez votre part de responsabilité. Le jour où c'est arrivé, je sortais de boite de nuit, on venait de fèter l'anniversaire d'une copine, c'est vrai, je m'étais bien habillée. J'ai donc pensé que c'était à cause de ce look assez aguicheur, sans ce petit top, largement décolleté dans le dos, jamais ce salaup m'aurait remarqué et m'aurait aggressé. J'ai parfois honte de le dire, mais il aurait choisi une autre fille s'il ne m'avait pas remarqué.

J'ai donc passé 3 ans, complétement repliée sur moi-même, en m'enveloppant dans un cocon vestimentaire : gros pull roulé, gros jean, le plus ample, tout ce qui était possible de cacher mes formes. Alors que j'adore nager, la mer, je ne mettais plus les pieds à la plage ou dans une piscine, se mettre en maillot, montrer son corps, hors de question. Pendant 3 ans, j'ai refusé tout contact avec les mecs. C'était impossible pour moi. Puis, j'ai rencontré une ancienne amie du lycée, elle ne savait pas ce qui m'était arrivé. Alors que toutes mes amies m'avaient un peu laissée tomber, elle est devenue ma meilleure amie. Elle m'invitait pour des soirées chez elles, j'ai rencontré quelques garçons, mais à chaque fois, ça a fini très mal. J'avais l'impression, qu'il ne désirait qu'une chose, mettre leur bite en moi, par la force comme le salaup qui m'a introduite.

Puis, cette amie m'a proposé quelque chose qui me paraissait complétement irréel : que j'aille dans un camp naturiste, pour que je me rende compte que je pouvais sortir de mon cocon, même complétement, sans que ça crée chez les personnes de sexe masculin une envie de me violer ! Il fallait que j'accepte à nouveau mon corps, que celui-ci n'était pas responsable de mon viol et que sans cette acceptation, je n'arriverais jamais à renouer des relations "normales" ou presque.

Quand elle m'a proposée ça, j'ai très mal réagie, je l'ai traitée de folle. Je n'ai plus voulu discuter avec elle pendant 6 mois. L'été est passé, je voyais à la télé les reportages sur les gens en vacances, à la plage. Je m'enfonçais de plus en plus, je ne voyais plus personne, mes collègues au travail ne communiquaient avec moi que par mail. c'était leur moyen de communication le plus facile pour eux, sachant que s'ils me parlaient, ils auraient affaire à une sorte de zombie qui ne les écoutaient pas. Ils connaissaient ce qui m'était arrivé, ils imaginaient bien que c'étaient les conséquences mais ils ne me comprenaient pas, surtout les nouveaux arrivants dans la société.

Puis, j'ai fini par rappeler mon amie. On n'a pas abordé de suite la question du naturisme. Elle savait qu'il fallait que ça vienne de moi. Et j'ai fini par en parler, déjà par lui demander si elle, à 26 ans, elle allait s'exhiber nue devant les autres. Elle m'a fait comprendre que ce n'était pas s'exhiber nue en public, que c'était pour son propre plaisir, d'être libre, à l'aise, naturelle ! C'est d'ailleurs son crédeau : pas le rapprochement avec la nature, mais le naturel ! Bin, justement, ce n'était pas naturel pour moi de me mettre nue, ce n'était plus mon naturel, et ça ne l'avait jamais vraiment été. Elle m'a dit que deux ou trois fois dans l'année, pour les vacances, un WE prolongé, ils partaient avec son copain dans un camp dans le sud de la France ou en Espagne. Ils appréçiaient beaucoup, même s'ils ne se prétendaient pas vraiment être des naturistes purs et durs, 365 jours par an. C'était d'ailleurs rare qu'ils se mettent nus dans leur appartement, sauf parfois quelques jours après avoir passé une semaine dans un camping, mais très vite le train-train de la vie faisait qu'ils ne se déshabillaient plus en rentrant du travail. Elle se contentait de repondre à mes questions, elle n'a plus jamais osé me dire de le faire.

C'est vrai que bizarrement, j'avais maintenant envie d'essayer, mais sans avoir envie. Je ne sais pas si ça vous est arrivé. Faire un saut à l'élastique, vous avez envie d'essayer, en voyant les autres s'éclater (au sens figuré) mais vous avez du mal à faire le saut. Je crois que je n'arrètais pas de lui poser les mêmes questions, cherchant une raison pour ne pas le faire ou une nouvelle raison pour le faire. Puis, un soir, j'ai fini par essayer chez moi, seule. J'ai occulté le mieux que je pouvais, toutes les fenètres de mon appartement, et je me suis déshabillée, je me suis regardée dans une glace, ça devait faire quatre ans que je n'avais plus osé le faire, et j'ai essayé de rester nue pour me préparer à manger, faire la vaisselle, regarder la télé. La première fois, ça a duré 20 minutes, le temps de me déshabiller, me regarder dans la glace, aller à la cuisine, sortir une casserole pour faire chauffer de l'eau et me dire que c'était complétement idiot avant d'aller me rhabiller. J'ai mis deux semaines avant de refaire l'essai, essai définitif car je suis restée nue toute la soirée, et c'est devenu un jeu pour moi : tous les soirs en rentrant du travail, je me déshabillais. C'est que je n'osais plus regarder ce corps, je n'osais plus me toucher. Faire ma toilette intime, c'était comme si je touchais quelque chose de sale, ça avait été souillé, je ne voulais plus le voir. Je peux attester qu'il n'y a rien de sexuel dans le naturisme, c'est à dire, que l'on n'est pas là pour "baiser" avec tout le monde, pour s'attirer sexuellement, mater, ou s'exhiber. De toute façon, ça fait deux ans que je pratique le naturisme mais ça fait 5 ans que je n'ai plus fait l'amour avec quiconque. Mais on voit à longueur de journée son sexe, celui des autres aussi, mais dans mon cas personnel, c'était le mien, en s'asseyant sur un canapé, ou plutôt en s'affalant sur un canapé, en regardant devant soi, on voit bien ses seins, son mont de Vénus. J'ai donc petit à petit, repris consience que c'était à moi, que je pouvais le toucher. Ca parait toujours idiot ce que je dis, je me comprends.

Donc, j'étais déjà contente, de sentir à nouveau mon corps. Mais ne plus nager me manquait de plus en plus et je ne me sentais pas aller dans une piscine. Qu'on me regarde, mon corps, même avec un maillot, j'avais trop peur. Et j'avais noté une reflexion de ma copine : "dans un camping naturiste, personne te regarde". Ca me plaisait bien, même si je ne voyais pas comment c'était possible, car toutes les filles en ont fait l'expérience en arrivant en maillot dans une piscine, il y a toujours une petite bande de machos, qui vous regardent, et parfois vous sifflent. Ma copine me disait que ce n'était jamais le cas dans un camping naturiste, le respect de l'autre était très bien respecté (si je peux le dire comme ça). Sauf, qu'être nue chez moi, c'est une chose, se déshabiller devant les autres, ce n'est pas pareil ! Je crois que j'ai bien cassé les pieds à ma copine (et son copain) car ils n'arrivaient pas à me convaincre que ça se passerait bien. Puis, lors d'une soirée, alors que je revenais toujours sur le sujet, elle m'a dit "t'as qu'à essayer maintenant devant nous ? tu te deshabilles dans la salle de bain et tu reviens quand tu est prète !". Je suis allée à la salle de bain, je me suis déshabillée mais, je n'ai pas osé sortir. C'était impossible. Ma copine m'a demandés ce qu'elle pouvait faire pour moi. On a fini par se mettre d'accord que si elle et son copain étaient nus aussi, ça irait peut-être mieux. Ils se sont déshabillés, sont venus frapper à la porte de la salle de bain pour me demander de sortir, mais je n'osais toujours pas. Ma copine est entrée seule dans la salle de bain. On a parlé un peu toutes les deux puis finalement, on est sortie toutes les deux essemble. Ce n'était vraiment pas facile. On avait à peine commencé l'apéro, ma copine a déplié un drap sur leur canapé et on a continué à discuter. Je n'étais pas à l'aise mais l'ambiance s'est détendue quand ma copine m'a avoué que c'était la première fois qu'elle prenait l'apéro nue dans son salon, en présence d'autres personnes. Finalement, on est resté nu toute la soirée, après je n'y faisais même plus attention. Ils sont venus plusieurs voir l'hiver chez moi, pour un repas. A chaque fois, je les accueuillais nue, et ils se deshabillaient aussi. La première fois, ils étaient restés habillés, mais ils étaient génés alors que j'allais et revenait de ma cuisine toute nue (chez moi, j'étais dans mon élément).

Puis, sont arrivés les beaux jours, j'avais envie d'aller plus loin mais toute seule. J'ai encore cassé les peids à ma copine. alors qu'ils partaient souvent en camping, ils ont loué (en fait, on a loué car j'ai payé la différence), un F2 pour une semaine dans un village naturiste sur la Méditérannée. Je m'en faisais tout un monde avant, mais finalement, c'est passé très simplement, déjà savoir que pour entrer dans le village, il fallait passer par un poste de garde, je me disais que n'importe qui ne pouvait pas rentrer, j'étais protégée, puis, quand je suis arrivée à la piscine avec une petite robe de plage, je me suis déshabillée, je n'ai pas eu de regards se tournant vers moi. Et j'ai bien regardé, car c'était vraiment un gros point bloquant pour moi. Et quand je suis rentrée dans l'eau, que j'ai fait mes premières brasses, j'étais vraiment heureuse. Plus de quatre ans sans pouvoir se baigner, et c'était si bon, c'était encore plus bon que dans mes souvenirs, certainement du à ma nudité. C'est vrai que les deux premiers jours, j'ai limité mes "expositions" au public au strict minimum : aller à la piscine, me baigner, ressortir et renter au F2. Mais dès le Mardi, je suis restée pour un bain de soleil sur les plages de la piscine et le lendemain, j'ai osé aller jusqu'à la plage en bord de mer. Après, je me déplaçais nue dans le village sans aucun soucis.

Je suis retournée dans un autre camping depuis, cette année. Je suis partie près de trois semaines dans une structure naturiste agrée par la fédération française (mais aussi reconnue comme un endroit familliale) et je m'y sens bien, je me sens revivre, même si ce n'est que dans l'enceinte de cette structure.

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